Patrizia a un avis sur tout

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Mes premières papas arrugadas et leur mojo picòn #Vegan 2 mars 2017


Une recette tout droit venue des îles Canaries. Les mojos, verts, rouges, piquants ou pas, sont servis à tous les repas comme accompagnement pour le pain et/ou les viandes et poissons. C’est très très bon et typique des Canaries.

Des patates (plutôt petites, à chair ferme, mais moelleuse)
Du gros sel marin en quantité
De l’eau

Trois à quatre gousses d’ail
1 cuillère à café de sel
1 à 2 piments rouges mi-forts
1 cuillère à café de cumin
1 cuillère à soupe de paprika en poudre fort ou mi-fort selon les goûts
1 pincée de brins de safran
250 ml d’huile d’olive
un peu de vinaigre

  • Mettre les patates dans une casserole
  • Verser de l’eau jusqu’à les recouvrir
  • Ajouter une à deux (selon la quantité de patates) grosses poignées de sel marin (l’eau doit être TRÈS salée)
  • Cuire les patates jusqu’à tendreté
  • Les égoutter et les remettre dans la casserole
  • Remettre la casserole sur le feu (feu doux), remuer légèrement en laissant l’eau s’évaporer en entier jusqu’au moment où les patates prennent un aspect ridé
  • Réserver au chaud ou servir
  • Mélanger dans un broyeur, mortier ou mixer tous les ingrédients et les réduire en fine purée
  • Ajouter une cuillère à soupe de vinaigre, goûter, en ajouter si nécessaire

Les Papas arrugadas se servent telles quelles avec leur mojo picòn ou en accompagnement d’un poisson ou d’une viande.

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L’homme sans argent de Mark Boyle, aux éd. Arènes* 26 août 2016



J’ai choisi de vivre pendant une année sans utiliser le moindre argent, ni en gagner, ni en dépenser, tout en travaillant. Voici le récit de mon expérience vers une liberté retrouvée.

Même si l’aventure en elle-même ne me séduit pas (trop compliqué à mettre en œuvre, infaisable avec des enfants en âge de scolarité inscrits à l’école publique), la démarche m’intéressait fortement. Et je n’ai pas été déçue. Ce que j’en ai retenu:

  1. On PEUT vivre sans argent. Même en Occident. Même en Europe. Même si c’est compliqué. Et, en tous les cas, on PEUT – et très agréablement – VIVRE AVEC MOINS.
  2. On met sa sécurité dans l’état de son compte en banque alors que tout prouve que les banques ne sont de loin pas aussi fiables qu’elles voudraient le faire croire. Alors que la réelle sécurité réside dans son réseau social. Il faut reconnaître que si on se pose la question honnêtement, l’argent, bien moins qu’une liberté, de fait, nous enchaîne.
  3. Il faut, si on continue à vivre « normalement », consolider la solidarité, l’amitié, les relations sociales, garantes d’une vie satisfaisante et agréable.
  4. Le travail utile à la communauté, tel celui des paysans, des infirmières ou des éboueurs, est moins bien rémunéré que ceux qui spéculent sur l’argent, alors que cela ne profite qu’à eux-mêmes, cherchez l’erreur…
  5. On peut, à l’image de la freeconomy mettre en place soi-même au sein d’une communauté:
    – une monnaie locale (profitable à la communauté et pas à UBS ou à JP Morgan Chase),
    – des lieux d’échanges de matériel électronique ou d’outils,
    – des bibliothèques ou des lieux pour les dons,
    – des jardins urbains en libre-service,
    – des événements gratuits, tels que projection de films, échanges de savoirs, etc.
    – etc.
  6. En se reconnectant avec la nature par le biais d’activités gratuites (marche, méditation, cueillette, jardinage déplacements à pied ou à vélo), on retrouve sensation de vivre et liberté intérieure.

L’auteur, économiste de formation (disons-le quand même!) souligne à quel point:

L’argent ne travaille plus pour nous. Nous travaillons pour lui. En tant que société, nous vénérons un outil qui n’a plus de valeur intrinsèque au détriment de tout le reste. Pire: notre idée de l’argent est bâtie sur un système qui favorise l’inégalité, la destruction de l’environnement et le mépris de l’humanité.

L’argent nous permet de mettre notre fortune à l’abri facilement et pour longtemps. Si cette facilité à épargner nous était niée, aurions-nous encore la motivation nécessaire pour aller exploiter la planète et les espèces qui l’habitent? Sans moyen de « mettre à l’abri facilement » les profits à long terme qui nous permettent de ponctionner plus que ce qui nous est nécessaire, nous ne consommerions que ce dont nous avons besoin, au fur et à mesure de nos besoins. Une personne ne pourrait plus transformer les arbres d’une forêt tropicale en chiffres sur un compte en banque, elle n’aurait donc pas de raison de couper un hectare de forêt tropicale à la seconde, comme c’est le cas aujourd’hui.

Cette année sans argent, en bon roi de la débrouille l’a aussi fait réfléchir sur… les toilettes, la valeur du travail et le passage des saisons (difficile à réellement percevoir en milieu urbain), ainsi que sur sa manière de fonctionner en société et la prédominance qu’on donne à l’intellect (normé, les surdoués étant décriés comme se la pétant, paradoxe actuel):

Mes toilettes à compost font rigoler certains (…) Pour moi, les toilettes « normales » représentent la folie destructrice du monde moderne. Nous prenons de l’eau propre et nous chions dedans. La merde humaine est excellente pour la terre, mais elle terriblement nocive pour les réserves d’eau.

Parfois je demande un sac de 25 kg d’avoine pour un jour de travail. A la ferme, ils pensent que je suis fou: un sac de 25 kg vaut 20£ et j’ai travaillé dur pendant neuf heures. (…)
Si je devais semer, désherber, arroser et moissonner cette quantité d’avoine, cela me prendrait au moins soixante heures. Ce qui veut dire que je profite de soixante heures de travail contre neuf heures.
(…)
Les grandes usines, les supermarchés, les hyperstores et consorts ont complètement transformé notre perception du juste prix des choses. Cela me saute aux yeux lorsque je travaille dans le petit magasin coopératif biologique de Bristol. Ceux qui clament qu’il est hors de question de payer 1£50 pour un kilo de courgettes n’ont pas la moindre idée du travail que nécessite la culture biologique sans d’énormes apports d’énergie fossile. Un travailleur qui gagne le salaire minimal, ce qui est le cas pour la majorité des agriculteurs, devrait faire tout le travail nécessaire en cinq minutes s’il veut que ce kilo de courgettes lui rapporte quelque chose.
(…)
On dirait que, lorsque vous commencez quelques chose avec l’intention de donner et non de prendre, il est presque impossible d’arrêter les autres de vouloir en faire autant.
(…)
Certains bénévoles firent le service pendant douze heures sans une minute de pause. Combien de personnes payées accepteraient cela?

Bien trop souvent, mes interactions étaient trop éloignées du vrai sens de la paix. Je me plaignais d’être trop occupé, je critiquais les gens qui achetaient des choses avec lesquelles je n’étais pas d’accord et, de manière générale, je me comportais bien moins positivement que je l’aurais voulu. Vivre sans argent avait commencé comme un moyen de vivre de manière plus paisible, mais c’était devenu une fin en soi. Tout comme l’argent lui-même qui était, au début, un moyen d’effectuer des transactions plus facilement, mais avait fini par devenir une fin en soi.

Avant, je ne remarquais pas vraiment les changements de saison. La ville nous rend hermétiques à ces extraordinaires transformations. Mais vivre dans la nature aiguise notre attention. Le moment où les saisons changent est vraiment magique, de la même manière que lorsque le premier rayon de soleil à l’horizon annonce la fin de la nuit et l’arrivée du jour. Je me souviens exactement du moment où j’ai senti que l’hiver était fini.

Je voulais commencer à voire davantage avec mes sens. Nous vivons dans une culture qui privilégie l’intellect car il suscite l’admiration, alors que ceux qui ressentent et comprennent les choses instinctivement ne sont presque pas considérés.

Au passage, il démonte quelques préjugés tenaces que l’industrie chimique a réussi à nous mettre dans le crâne, à savoir qu’il serait nécessaire de se récurer de fond en comble avec force gels douche hydratants sous peine d’être sales et de sentir mauvais.

On peut faire comme moi et ne rien utiliser. Lorsque je dis cela, les gens reculent généralement de deux pas. Alors, je leur fais faire le « test des aisselles » – renifler mes dessous de bras – et ça les rassure et les convainc qu’on n’a pas besoin de savon pour être propre. Ma peau est bien plus saine depuis que je n’utilise plus de savon et, comme elle n’est plus sèche, je n’ai plus besoin de crème.

Je vois déjà les regards dégoûtés, alors avant de passer au « sans savon », on peut – stade intermédiaire – n’utiliser que des savons naturels aux huiles essentielles bios et ne savonner que les parties délicates comme l’anus et les aisselles, en laissant l’eau s’occuper du reste du corps. Vous verrez que ça suffit amplement. Et, non, vous ne puerez pas. Promis. Un shampoing par semaine, si l’on n’a pas les cheveux gras, est bien suffisant également. On peut les mouiller plus régulièrement pour rincer les odeurs de cuisine, barbecue ou fumée, sans savon. On peut aussi passer à une alimentation plus végétarienne. L’auteur, végétalien durant cette année sans argent explique ainsi que:

(…) si on ne veut pas utiliser de savon ou se laver trop souvent, il vaut mieux manger de la nourriture biologique fraîche et végétalienne. Si le corps est sain, la sueur n’est composée que d’eau salée, mais si on se nourrit de cochonneries, il y a de fortes chances qu’on sente mauvais.

Ça paraît assez évident, en fait. Entre une crotte de chien (carnivore) et une bouse de vache, laquelle est la plus odorante?

* Deuxième ouvrage de ces éditions lus à quelques semaines d’intervalle,
deux ouvrages qui m’ont plu.
Je vais suivre avec intérêt leurs sorties catalogues désormais.

 

Pain à la farine de kamut bio et levain maison #vegan 25 octobre 2015


Pour le levain maison

  • 30 grammes de farine de kamut. Ou de seigle: plus la farine est complète (et vivante), plus le levain a de chances de réussir
  • Même quantité d’eau de source ou pure. Les bloggeur/euse(s) s’accordent à dire « pas d’eau du robinet, ni d’eau minérale » sauf si vous vivez à la montagne comme moi et que l’eau du robinet a le goût métallique et frais des torrents.
  1. Mélangez eau et farine.
  2. Laissez reposer légèrement couvert dans un pot en verre.
  3. Répétez l’opération avec 10 g de farine et 10g d’eau (1 cl) au moins trois jours de suite après 24 heures jusqu’à l’obtention de bulles qui signifient que le levain se nourrit de vos ajouts et croît.
  4. Tant que vous nourrissez le levain, il vit. Plus vous le nourrissez régulièrement, plus il est doux et peu acide. Son odeur doit être agréable au nez.

Vous trouverez ici (un super blog qui m’a bien aidée) des recettes et quoi faire avec votre levain vivant quand vous partez en vacances: MonLevainEnVacances

Pour le pain au kamut avec du levain maison

  • Entre 180 g et 200 g de levain maison
  • 500 g de farine de Kamut
  • 3 dl 1/2 d’eau tiède
  • 1 cc 1/2 de sel (le pain sera très peu salé)
  1. Mélanger le tout (au pétrin avec un crochet ad hoc ou à la main).
  2. Former une boule.
  3. Laisser reposer sous un linge mouillé 8 heures minimum jusqu’à ce que le pain ait doublé de volume.
  4. L’aplatir et rabattre les bords de chaque côté.
  5. Le poser sur une feuille de papier chemisée sur la plaque et le laisser reposer encore une demi-heure minimum.
  6. Poser un bol d’eau très chaude à son côté (ou dans la friteuse du four, si vous en avez une).
  7. L’enfourner dix minutes dans le four préchauffé à 240° (220 si four à air chaud).
  8. Baisser le four à 180° (160° pour le four à air chaud) SANS OUVRIR LA PORTE et le laisser cuire encore 30 minutes.
  9. Le pain doit être doré et sonner creux quand on frappe dessus.

Bon appétit!

Pourquoi faire son pain de kamut avec du levain maison?
Y a quelques temps déjà que le pain est plus ou moins banni de chez nous. En cause, quelques intolérant(e)s au gluten* et dysfonctionnements digestifs et gastro-intestinaux un peu trop récurrents. Mais… le pain, c’est si bon! Dès lors, il valait la peine de tester le kamut**. Vendue ici par MaLozèreBio, la farine du Moulin de Colagne, « obtenue sur meule de pierre en silex affinée par le système Soder » (what is it?), serait de l’avis du commerçant moins riche en gluten et plus digeste. Tentons! La farine, jaune clair, est ma-gni-fi-que. On voit immédiatement qu’elle est de qualité. Attention, elle est chère: 11 francs suisses le kilo. Mais le pain se garde une semaine sans problème et est toujours aussi goûteux.
Avec de la levure de boulanger bio (qui contient du gluten), c’est délicieux et… eurêka, aucun souci gastrique à l’horizon!
C’est là qu’une bonne âme cueilleuse-confectionneuse-artisane suggère alors de « faire ton levain toi-même. Rien de plus simple ». Sur internet, les recettes se ressemblent à quelques détails près (injonction de ne pas utiliser de métal alors que d’autres disent que ça n’a aucune importance, et grammage un poil différent de l’une à l’autre), mais on trouve une forme de cohérence que je décide d’appliquer plus ou moins. Le pain est incroyablement beau, croustillant et dé-li-cieux.

Inconvénients:

  1. Le prix (mais la qualité, ça se paie et le pain se garde). Avec un kilo, on fait deux pains, ce qui est un peu plus cher que dans le commerce, mais même là, le bon pain de qualité (bio et à la farine complète) se paie dans ces eaux-là.
  2. La préparation du levain (trois jours minimum avant la première fournée) et son « nourrissage » chaque jour.
  3. Le temps de levage (avec le levain, ça passe d’une heure trente à 8 heures de temps de repos). Faut juste s’organiser différemment.
  4. Vu le succès, on est obligé d’en refaire chaque deux jours, voire tous les jours. Et… pour avoir du levain en quantité suffisante, il faut de la patience.

Avantages:

  1. Le pain est bon. Vraiment.
  2. Digeste.
  3. Il se garde longtemps sans perdre de sa saveur.

* ou aux additifs divers ajoutés, ces fameux foodmap
très présents dans les produits industriels!

** « Ancienne variété de blé dur, de grande valeur nutritive (…)
cultivée dans le croisant fertile de l’Egypte ancienne
et de Mésopotamie, il y a 5000 ans » (Bio-Logique).

 

Petite pâte de piments maison #Bio #vegan 21 octobre 2015


Facile à faire, goûteusePour une pâte aux piments maison à utiliser comme base pour les pâtes à la putanesca ou épicer les plats à sa guise comme une SauceTacosMaison, il faut (la quantité dépend de celle des piments à disposition, mais disons 4 à 5 gousses d’ail pour une dizaine de gros piments:

des piments
de l’ail
du sel
du poivre (et oui!)
quelques grains de cumin carvi (si vous voulez)
de l’huile d’olive pour le moelleux et couvrir la pâte afin qu’elle se conserve (un peu comme avec le pesto)

  • Epépiner les piments, les couper grossièrement
  • Peler l’ail
  • Jeter tous les ingrédients dans le mixer et hop! à fond jusqu’à obtenir une pâte moelleuse et qui sera riche en goût, et piquante (ou pas) selon… le piment choisi.
 

Papillons aux tomates cerise et basilic #vegan #vitefait 12 janvier 2015

Filed under: Eté,Je cuisine — essaipat @ 09:42
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Ingrédients pour 4 personnes:
400 grammes de pâtes papillons (on peut aussi prendre des penne ou des coquillettes)
une grosse barquette de tomates cerises (ou olives, ou petites jaunes, ou les trois ensemble)
un peu d’huile d’olive
un bouquet de basilic frais (ou congelé)
du sel
du poivre

  • Pendant que les pâtes cuisent selon les indications sur le paquet, couper en quatre dans le sens de la longueur les tomates et ciseler le basilic par dessus.
  • Egoutter les pâtes. Verser une à deux cuillères à soupe d’huile d’olive dans la casserole, la chauffer, y faire revenir quelques bonnes minutes les tomates et le basilic pour que les saveurs se mélangent bien entre elle
  • Saler et poivrer
  • Ajouter les pâtes, mélanger et servir.

D’autres recettes sympas et un planificateur de menus intelligent: CuisineKoocook

 

Esprit d’hiver de Laura Kasischke, aux éd. Christian Bourgeois 10 janvier 2015


D’elle, j’ai lu peu de livres (dont, notamment, RêvesDeGarçons). C’est que je trouve son univers un peu étrange. Et ça s’est confirmé avec celui-ci, Grand prix des lectrices de Elle 2014 et porteur du bandeau Coup de cœur de Payot*. Cette histoire d’une mère que les doutes et les questionnements rendent à moitié folle est proprement terrifiante. Ce huis-clos glaçant – un jour de Noël – entre elle et sa fille sert le cœur du lecteur et l’hypnotise. L’atrocité d’une réalité niée se devine en filigrane, mais n’éclatera qu’en toute fin. Ce livre colle à l’âme bien après sa lecture. On a envie de prendre cette mère dans ses bras, de la consoler, de lui dire que ce n’est pas de sa faute. De réparer ce qui aurait pu l’être. C’est que n’importe quelle mère (parent?) qui s’intéresse à l’éducation et l’amour qu’il donne – ou pas – à ses enfants se retrouve dans les questionnements sans fin que se pose Holly au sujet de sa fille Tatiana, ramenée d’un orphelinat pouilleux de Russie, 11 ans auparavant. Jolie poupée aux cheveux noirs de jais, à la peau trop claire, aux lèvres trop foncées. Mais ce n’est qu’un livre et ses héroïnes sont de papier.

* On peut souvent se fier aux Coups de cœur de Payot

S’efforçant de penser qu’elle vit une journée de Noël normale quoiqu’un peu spéciale, pendant que son époux est parti chercher le reste de la famille à l’aéroport, Holly prépare le repas de fête. Et au passage, se fait quelques réflexions bien senties au sujet de ce qui aujourd’hui devient un vrai casse-tête quand il s’agit d’accueillir des invités de plus en plus chiants exigeants.

Comme si le repas de Noël n’était pas déjà assez compliqué à préparer. Qu’en était-il des personnes polies qui ne discutaient ni de religion, ni de politique ou d’argent avec les gens en dehors de leur famille et qui toutes mangeaient, se réjouissaient, quoi qu’on leur serve à dîner? S’ils n’en étaient pas capables qu’ils restent chez eux! Pourquoi devrait-on être tenu informé des goûts et des exigences et des raisons motivant le régime de chacun? De leur intolérance au lactose. De leur allergie aux noix. De leur aversion au saumon d’élevage, à la viande rouge, au gluten.

Pendant cette unique journée qui s’étire en un long ruban de plus en plus inquiétant, elle  observe sa fille si belle, si translucide, et regrette que ce soit…

… tellement difficile d’être féminine. Toujours devoir s’arranger, s’épiler et maigrir et se priver et s’inspecter afin de se sentir à l’aise dans ce monde.

démontrant en deux lignes le poids révoltant du sexisme qui pèse sur les épaules de nos filles. A qui, jamais, on ne dit qu’elles sont parfaites comme elles sont.

 

ímaqa de Flemming Jensen aux éditions Gaïa 26 octobre 2014


Au Groenland, pépins et tracasseries sont interprétés positivement – et , si c’est vraiment grave, avec humour.
Puisqu’on ne s’y attendait pas.
Alors forcément ça fait rire!

Ce roman est absolument magnifique. Un véritable chef d’œuvre, un petit bijou de littérature, un simple et humble hymne à la tolérance, un appel à la bonté et à la joie, toutes choses essentielles à une vie belle et riche.

Ce roman raconte ce que, au nom de beaux principes, le Danemark fait aux Groenlendais. Ainsi, par exemple, envoyer tous les enfants à l’école, c’est bien. Sur le papier. Mais en les envoyant chaque jour à l’école (danoise!), on les empêche d’accompagner leurs parents et d’apprendre à chasser ou pêcher. Et c’est toute sa pleine capacité d’autosuffisance qu’un peuple perd en une génération. Obligé ensuite de travailler pour des consortiums dans des conditions de misère pour s’acheter une mauvaise nourriture en boîte. C’est le plaisir d’une vie en plein air définitivement perdu et ‘c’est tout un peuple qu’on prive de sa joie, ce qu’ils considèrent* comme le pire des crimes.

Les bons sentiments et ce qu’ils provoquent de pire, c’est aussi ça:

L’hiver par ailleurs se passait bien pour la plupart des familles: la chasse était bonne et, tant que l’économie naturelle tenait debout, on connaissait une certaine aisance. On ne manquait pas de peaux pour les vêtements ni de viande dans les marmites. (…)
Brusquement le prix des peaux était devenu presque risible.
Pour la première fois au Groenland, on faisait l’expérience de ce que veut dire être victime de l’ignorance du monde moderne. Pour la première fois, on découvrait combien il était difficile de prouver qu’on est dans son bon droit.
L’organisation pour la protection de l’environnement Greenpeace, ainsi qu’une blondine française vieillissante avait mobilisé toute la coterie branchée et « tendance » en jouant sur un sentimentalisme totalement déconnecté des faits réels et, à la suite d’une émission de télévision où l’on avait filmé d’indéniables cruautés commises sur des bébés phoques par un groupe de Norvégiens près de Terre-Neuve, avaient appelé du jour au lendemain au boycott des peaux de phoque. Gratte-papiers, vendeuses en parfumerie et représentants d’autres secteurs significatifs défilaient à présent en longs cortèges pendant leur temps libre avec des banderoles et des tracts, dans le but de rayer de la carte un métier aussi vieux que l’existence de l’homme.
Parce qu’il avait toujours été la condition de sa survie.
Le fait qu’il ne fut jamais venu à l’esprit des chasseurs groenlandais, qui de tout temps, ont vécu de la capacité de production de la nature, de se jeter sur des proies aux fourrures si médiocres, n’avait pas la moindre influence sur le débat, dans un monde qui à l’avenir allait de plus en plus être mené par les sentiments et de moins en moins par les réalités concrètes.

Que dire d’autre au moment où les vegan tentent d’imposer une vision absurde du monde, doucereuse et dégoulinante de bons sentiments? Rien.

*Nous aussi devrions trouver que nous priver de joie est un des pires crimes.

 

 
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