Patrizia a un avis sur tout

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Feu vert à la pollution @Shell 10 mars 2017


Royaume-Uni

La Haute Cour du pays a déclaré, le 26 janvier, que Royal Dutch Shell ne pouvait être tenue responsable de la pollution commise par sa filiale au Nigeria.

L’entreprise a pourtant fait de nombreux profits, alors que le déversement d’hydrocarbures dans le delta du Niger a privé 40 000 habitant-e-s de leurs droits. En effet, la pollution provoquée par les activités de Shell a ravagé des habitations et des fermes et pollué les eaux, privant ainsi les habitant-e-s d’eau potable et de leurs revenus issus de la pêche. Ce jugement établit un précédent particulièrement dangereux. S’il est confirmé, cela revient à donner carte blanche aux multinationales dont le siège se trouve au Royaume-Uni pour bafouer les droits humains à l’étranger.

Protestez avec moi en envoyant ce scandaleux communiqué édité par @Amnesty à @Shell!

Pour soutenir les activités d’Amnesty international en Suisse, c’est par ici: http://www.amnesty.ch/fr

 

Et les hommes sont venus de Chris Cleave aux éd. Nil 19 mars 2011


Titre magnifique, écriture limpide, aux images saisissantes, ce livre est une petite merveille qui se lirait d’une traite si l’émotion n’obligeait à faire des pauses. L’histoire mêle deux continents, l’Afrique d’où vient Petite Abeille, une mineure nigérienne, et l’Europe représentée par Albion la fière. Albion la perfide aussi (comme chacun sait) qui parque les réfugiés – qui ont eu l’outrecuidance de chercher ailleurs un avenir qui n’existe pas sur leurs terres, pillées par ceux qui leur refusent l’asile ensuite – dans des centres de rétention.

Sarah, son mari Andrew et leur petit Charlie vivent à Londres une vie d’Européens nantis. Un événement tragique sur une plage nigérienne deux ans auparavant a changé leur vie. Depuis, Andrew lutte contre la dépression, leur fils ne quitte pas un costume de Batman, la mère tente tant bien que mal de recoller les morceaux d’un désastre qu’elle a provoqué. C’est dans ce contexte que Petite Abeille débarque une deuxième fois dans leur vie.

Petite Abeille sort d’un centre de rétention où elle a passé deux ans. Cen-tres de ré-ten-tion. Ça sonne comme détention et ça n’en a pas que la couleur, ça en a aussi l’odeur. Humiliations quotidiennes – devant justifier jusqu’à l’usage qu’elle fait de serviettes hygiéniques (c’est véridique, l’auteur a retrouvé le rapport d’une ONG qui mentionne ce fait scandaleux) – absence de considération, peur de l’avenir et douleur quand elle pense au passé. Par un tour de passe-passe qu’elle n’a ni provoqué, ni voulu, elle se retrouve dehors un jour d’été. Sans papiers, sans assistance, sans argent. Sans avenir mais avec, dans une poche plastique transparente, la carte de visite d’Andrew.

La nécessité de cacher cette liaison est devenue un souci. Je me contentais évidemment de dissimuler mes rendez-vous à Andrew, je faisais attention de ne jamais parler d’Andrew, ni de son travail quand j’étais avec Lawrence, pour éviter une trop grande curiosité de sa part. J’ai dressé une sacrée palissade autour de cette relation. Dans ma tête, j’en ai fait un autre pays, et je patrouillais inlassablement le long de ses frontières. (Sarah)

L’avenir est encore une de ces choses que je serais obligée d’expliquer aux filles, là-bas, chez moi. L’avenir est le meilleur article d’exportation de mon pays. Il sort si facilement de nos ports maritimes que la grande majorité de mon peuple ne l’a jamais vu et ne sait même pas à quoi il ressemble. Dans mon pays, l’avenir prend la forme de pépites d’or enfouies dans le roc, il se concentre dans de sombres réservoirs, loin, sous la surface de la terre. Notre avenir se dérobe à la lumière, mias vous autres, vous avez l’art de le découvrir quand vous arrivez chez nous. C’est ainsi que fraction après fraction, notre avenir devient le vôtre. J’admire votre sorcellerie, pour sa subtilité et sa diversité. A chaque génération, le processus d’extraction est différent. Dans mon village, par exemple, nous ne attendions pas à ce que l’avenir puisse être pompé dans des barils de quarante-deux gallons et expédié vers une raffinerie. (…) Le plus lourd, la sagesse de nos grands-parents a servi à goudronner vos routes. Les constituants moyens, les prudentes économies de nos mères, ces petites pièces mises de côté après la moisson, ont servi à faire rouler vos voitures. Et le constituant le plus volatif, les rêves incroyables que nous faisions, nous, les enfants, aux heures paisibles des nuits de pleine lune, a donné un gaz que vous avez mis en bouteilles et stocké pour l’hiver. Voilà comment nos rêves vous tiendront chaud. Maintenant qu’ils font partie de votre avenir, je ne vous reproche pas de vous en servir. Vous ne voyez sans doute même pas d’où ils sont venus. (Petite Abeille)

L’histoire finit mal. Comme de juste dans le monde réel. Et c’est dommage, évidemment. A lire si on aime avoir les yeux ouverts et les histoires qui racontent la vie. La vraie.

 

 
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