Patrizia a un avis sur tout

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Répartir, redistribuer et disperser… des humains 3 décembre 2015


Un récent article de Christoph Keller* paru dans le journal Moneta n° 4 de cette année, m’apprend qu’aujourd’hui on répartit les humains qui ont le malheur d’être nés dans un coin du monde miséreux et qui osent (outrecuidance extrême) rêver d’un avenir meilleur sous nos cieux, pas en fonction des amis qu’ils pourraient avoir, ni de la famille éventuellement déjà installée chez nous (faudrait pas qu’ils se sentent trop bien quand même), ni même de la langue qu’ils parlent (ce serait trop simple), mais en fonction d’une clé de répartition abstraite, absurdement bureaucratique (pour rester polie). La bêtise administrative ne cessera jamais de me stupéfier.

Sommier branlant, lit défait, lumière blafarde. La scène se passe dans un centre d’hébergement, il y a quelques mois. La chambre sent le renfermé. L’homme assis en face de moi a le visage jeune, mais les yeux tristes. Il vient du Congo. Il a traversé des déserts et la mer, risqué sa vie des mois durant pour atterrir ici, dans cette maison vétuste et délabrée de la banlieue de Bâle, utilisée comme centre de requérants d’asile.
Et il ne comprend plus le monde. Pourquoi, lui, qui parle couramment français, a-t-il été transféré en Suisse alémanique, où personne ne le comprend et où il ne comprend personne? Pourquoi ne lui a-t-on pas permis de rester en Suisse romande après son arrivée au centre d’accueil de Vallorbe et, surtout, pourquoi l’a-t-on empêché de rejoindre ses proches vivant à Fribourg?

(…) Il est, comme beaucoup d’autres, victime d’une bureaucratie implacable à l’échelle européenne, où l’on ne demande pas aux gens où ils veulent aller, mais où on les répartit en nombre bien défini entre pays, cantons, villes et villages.
La clé de répartition ne se préoccupe pas des souhaits des arrivantes et arrivants.
Elle ventile les personnes, les disperse sur la base des chiffres, selon des quantités, d’après la puissance économique des pays, en fonction de leur population.

Et j’entends déjà les fachos de tous bords, FN ou UDC, la bedoum française et sa nièce encore plus benête, notre Oskar national et tous les abrutis qui ne savent qu’ânonner le même refrain de barque pleine (sans jamais savourer ni même se rendre compte à quel point ils sont chanceux) entonner en chœur: « mais qu’est-ce qu’ils croient, ils peuvent déjà s’estimer heureux d’être reçus chez nous, ces ingrats! »

Le monde, parfois, m’écœure.

*Journaliste à la radio alémanique SRF2 Kultu et écrivain.

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