Patrizia a un avis sur tout

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A méditer: « Le journalisme est un artisanat à défendre » 24 octobre 2015


Bon, ça fait un peu Revue de presse de revue de presse, mais l’honnêteté m’oblige à dire que j’ai lu cette remarquable intervention d’une candidate PDC au Conseil national  (et journaliste de profession) dans la Revue de Web de l’excellent magazine des médias Edito + Klartext (n° 5/2015, page 26):

A lire sur 24heures.ch, daté du 24 septembre, le plaidoyer d’une candidate au Conseil national, Isabelle Tasset Vacheyrout.

Plusieurs journaux romands se réorganisent pour gagner en efficacité, mais aussi pour réduire les coûts. Les moyens employés sont ceux des industries en crise. Mais le remède est-il adapté à ce métier si particulier?
Certaines rédactions entendent parler de « disruption » (on bouleverse la façon de travailler pour être plus productif), de marge EBITDA (on fait tout pour augmenter les bénéfices) ou bien de chiffres d’affaires par tête (de journaliste), comme si on pouvait comparer des articles et des yaourts.
Concrètement, cela se traduit par des journalistes découragés qui partent et qui ne sont pas remplacés. Par des rédacteurs en chef contraints de licencier de bons éléments, la mort dans l’âme. Par des budgets dédiés aux collaborateurs extérieurs (les journalistes pigistes) en chute libre. Par des frais de déplacement plafonnés à un demi-tarit de train (mieux vaut s’offrir la carte correspondante). Par des photos fournies par l’interviewé pour économiser un photographe.
Bref, la priorité va désormais à la productivité. Mais ce concept qui sied si bien à toute l’industrie est-il transposable au journalisme? La fabrication d’un article résulte d’un travail de maturation peu spectaculaire et difficilement appréhendable par les outils de management. Il faut se plonger dans le sujet, explorer ses contradictions, ses nuances. Puis s’imprégner de son jardon, de son histoire, des divers points de vue, des anecdotes. Enfin, il faut confronter, vérifier, relire, réécouter, mâcher, soupeser… Jusqu’à ce qu’émerge la logique profonde qui donnera toute sa pertinence au texte. Pendant tout ce temps, le journaliste est assis devant son écran, téléphone un peu, va à un ou deux rendez-vous. Bref, il semble assez passif.
D’autre part, si un bon journaliste de presse écrite doit bien sûr avoir de la curiosité, une expertise, de bonnes sources d’information, il doit aussi avoir d’autres qualités plus insaisissables: une approche originale, une analyse fine, une formulation créative, un raisonnement limpide. Bref, il doit séduire le lecteur pour l’emmener jusqu’au bout de son texte. Pour ce faire, il n’existe pas de recette standard, chaque journaliste a la sienne. Tout comme le succès d’un restaurant tient à un mix subtil de savoir-faire et de sensibilité propre au patron de l’établissement.
Pourquoi dès lors risquer de déstabiliser le fragile équilibre qui fait l’essence d’un journal pour gagner plus? Pourquoi ne pas se contenter de profits modestes? La presse écrite n’est pas une industrie, mais un artisanat.
A trop vouloir la rationaliser, elle pourrait devenir insipide.

Je ne connaissais pas Isabelle Tasset Vacheyrout (c’est sans doute parce qu’elle est PDC et comme je me fous un peu des signatures sous les articles…), mais là je pourrais l’embrasser! Je vais m’intéresser d’un peu plus près à son action politique, c’est dit.

Ce plaidoyer me fait penser à ce qui se murmurait en coulisses à l’époque où les « industriels » de la presse ont coulé le seul concurrent du Matin Dimanche (et je le regrette encore), le Dimanche.ch. Il se disait que les lecteurs étaient au rendez-vous de ce nouveau journal, que l’argent rentrait et était suffisant pour payer les charges et les salaires, mais que les cols blancs qui voulaient des dividendes et n’en avaient point (ou pas assez) ne pouvaient s’en satisfaire.

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