Patrizia a un avis sur tout

© Tous les textes et photos de mon cru m'appartiennent et ne peuvent être utilisés de quelque manière que ce soit et sur n'importe quel support sans mon autorisation expresse!

Esprit d’hiver de Laura Kasischke, aux éd. Christian Bourgeois 10 janvier 2015


D’elle, j’ai lu peu de livres (dont, notamment, RêvesDeGarçons). C’est que je trouve son univers un peu étrange. Et ça s’est confirmé avec celui-ci, Grand prix des lectrices de Elle 2014 et porteur du bandeau Coup de cœur de Payot*. Cette histoire d’une mère que les doutes et les questionnements rendent à moitié folle est proprement terrifiante. Ce huis-clos glaçant – un jour de Noël – entre elle et sa fille sert le cœur du lecteur et l’hypnotise. L’atrocité d’une réalité niée se devine en filigrane, mais n’éclatera qu’en toute fin. Ce livre colle à l’âme bien après sa lecture. On a envie de prendre cette mère dans ses bras, de la consoler, de lui dire que ce n’est pas de sa faute. De réparer ce qui aurait pu l’être. C’est que n’importe quelle mère (parent?) qui s’intéresse à l’éducation et l’amour qu’il donne – ou pas – à ses enfants se retrouve dans les questionnements sans fin que se pose Holly au sujet de sa fille Tatiana, ramenée d’un orphelinat pouilleux de Russie, 11 ans auparavant. Jolie poupée aux cheveux noirs de jais, à la peau trop claire, aux lèvres trop foncées. Mais ce n’est qu’un livre et ses héroïnes sont de papier.

* On peut souvent se fier aux Coups de cœur de Payot

S’efforçant de penser qu’elle vit une journée de Noël normale quoiqu’un peu spéciale, pendant que son époux est parti chercher le reste de la famille à l’aéroport, Holly prépare le repas de fête. Et au passage, se fait quelques réflexions bien senties au sujet de ce qui aujourd’hui devient un vrai casse-tête quand il s’agit d’accueillir des invités de plus en plus chiants exigeants.

Comme si le repas de Noël n’était pas déjà assez compliqué à préparer. Qu’en était-il des personnes polies qui ne discutaient ni de religion, ni de politique ou d’argent avec les gens en dehors de leur famille et qui toutes mangeaient, se réjouissaient, quoi qu’on leur serve à dîner? S’ils n’en étaient pas capables qu’ils restent chez eux! Pourquoi devrait-on être tenu informé des goûts et des exigences et des raisons motivant le régime de chacun? De leur intolérance au lactose. De leur allergie aux noix. De leur aversion au saumon d’élevage, à la viande rouge, au gluten.

Pendant cette unique journée qui s’étire en un long ruban de plus en plus inquiétant, elle  observe sa fille si belle, si translucide, et regrette que ce soit…

… tellement difficile d’être féminine. Toujours devoir s’arranger, s’épiler et maigrir et se priver et s’inspecter afin de se sentir à l’aise dans ce monde.

démontrant en deux lignes le poids révoltant du sexisme qui pèse sur les épaules de nos filles. A qui, jamais, on ne dit qu’elles sont parfaites comme elles sont.

Publicités
 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s