Patrizia a un avis sur tout

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Flétrissure de Nele Neuhaus, aux éd. Babel noir, Actes Sud, 2011 7 septembre 2013


Ce livre est une pure merveille. Un regard acéré et vif sur l’Allemagne nazie, les Juifs et ceux qui ne sont pas ceux qu’on croit qu’ils sont.

Je n’ai qu’une chose à dire: lisez-le! Ce livre est magnifique. Lecture fluide. Et, à la différence de MissAlfie&Compagnie, j’ai trouvé les détails psychologiques sur les protagonistes passionnants. Le suspense de ce polar est redoutable et les retournements de situation admirablement agencés. Intéressant et éclairant, qui plus est, sur une époque pas si lointaine.

Drôle et incisive, son auteure jette aussi un regard ironique et cynique sur notre époque:

– Je n’arrive pas à croire que ce sport soit bon pour la santé, laissa tomber Pia assise à côté de lui. Ils roulent dans les gaz d’échappement des voitures de leurs accompagnateurs.
– Le sport est un meurtre, affirma Bodenstein. Les sportifs de compétition sont presque aussi suspects que l’étaient les fanatiques religieux.

Et un autre, plus triste, sur les privilèges qui entourent quelqu’un (ou pas) de sa naissance à sa mort:

Pia pensa à sa grand-mère et se sentit mauvaise conscience. La maison de retraite où, après une vie de travail et en pleine possession de ses moyens, elle avait dû passer trois ans au milieu de gens qui avaient perdu la raison ou étaient lourdement handicapés, était la seule que la famille pouvait lui offrir. Pia se sentit honteuse, car elle était rarement allée voir sa grand-mère, mais la vue de ces vieux hommes en peignoir, errant le regard vide, comme perdus, la déprimait trop. La nourriture préparée sans amour, la perte de l’individualité, les soins insuffisants prodigués par un personnel de mauvaise humeur et trop surmené pour être en mesure d’écouter des confidences, non une vie n’aurait pas dû s’achever ainsi. Ceux qui avaient les moyens de finir leurs jours au Taunusblick auront donc été des privilégiés toute leur vie.

Et qu’un seul regret: victimes et bourreaux (bien que… suspense!) sont dans ce livre-ci, comme dans tant d’autres, bien identifiés. Pas d’ambiguïté (une fois que la vérité eût pointé le bout de son nez au fil des pages). Encore une fois, les méchants, ce sont les nazis. Point. Le citoyen ni vraiment mauvais, ni vraiment bon, n’existe pas. Ni dans ce livre, ni dans les documentaires sur le nazisme. Comme il n’existe personne, nulle part, semble-t-il, coincé dans une époque et pris entre deux feux et prêt à toutes les compromissions pour survivre. « Juste » survivre. Pourtant, je suis certaine qu’en Allemagne, nombreux devaient être les gens qui, pour vivre, ont fait ce que tous nous ferions: adhérer à un truc auquel nous ne croyons guère et qui s’avère être une horreur absolue (ce qui n’est pas le cas des méchants de cet ouvrage, donc, qui ont choisi le nazisme parce qu’ils croyaient en sa « philosophie »). Combien de compromis serions-nous prêts à accepter pour que nous et nos enfants puissions vivre? Serions-nous vraiment meilleurs que la masse des Allemands qui ont « suivi le mouvement » sans plus se poser de questions? J’en doute.

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2 Responses to “Flétrissure de Nele Neuhaus, aux éd. Babel noir, Actes Sud, 2011”

  1. Miss Alfie Says:

    Merci pour le lien ! Il en faut pour tous les goûts !


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