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Le tueur aveugle de Margaret Atwood aux éd. Robert Laffont, Pavillons 25 janvier 2012

Filed under: Je lis — essaipat @ 08:49
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Lu il y a une vingtaine d’années, La servante écarlate de cette auteure canadienne restera un de mes souvenirs de lecture parmi les plus marquants. La servante écarlate est un livre étrange, prenant, mystérieux, à la trame un peu absconse et dont le récit (pour ce dont je me souviens) oscille entre science-fiction et description d’un proche avenir plus fanatique que spirituel. Sa description d’un totalitarisme engendré comme toujours par la certitude de posséder les clés de la vérité fait penser à 1984 (le livre) ou à Brazil (le film). La différence tient dans le fait qu’ici, le point de vue est essentiellement féminin, ce qui est assez logique puisque tout totalitarisme naissant commence d’abord par légiférer sur le corps des femmes. Ce livre ne pouvait dès lors que m’interpeller, me subjuguer. Pourquoi n’ai-je plus jamais relu de livre écrit par elle? Alors, là… Mes chemins de lecture sont peu rationnels et suivent des voies qui me sont parfois étrangères, même à moi.

C’est là qu’entre en scène Le tueur aveugle, un pavé de 580 pages denses. L’histoire est contemporaine (des années 30 à aujourd’hui) et pourrait être celle de milliers de femmes de cette époque-là. La science-fiction y fait une apparition sous forme d’une anecdote ponctuant le récit et n’apporte, disons-le, pas grand chose au malheureux destin des personnages.

Iris, la narratrice est au crépuscule de sa vie. Aigrie, mais lucide, autrefois riche et désenchantée, aujourd’hui pauvre et toujours aussi désenchantée, elle couche sur le papier à l’attention d’une petite-fille qui ne la lira peut-être jamais, sa regrettable histoire. Celle de femmes, même nées dans la ouate, qui ne choisissent pas leur destin. Qui doivent à leur père, puis à leur mari, la chance ou la malchance d’une vie toute tracée, qui n’y ont aucune prise et à qui on demande d’être reconnaissante des « cadeaux » (jamais réclamés) ainsi offerts.

Iris avait une sœur, Laura. Morte jeune, suicidée, reconnue pour un seul livre, un roman (Le tueur aveugle) déclaré chef d’œuvre. Roman qui fut à l’origine de la désagrégation sociale de leur famille. Elle avait un mari, Richard, qu’elle n’a pas choisi. Qu’elle a épousé pour garder les usines de papa. Pervers, narcissique, manipulateur, riche et puissant, c’est un homme mauvais et arrogant. Une belle-sœur pour qui Richard est tout et à qui elle consacrera sa vie. Une fille, la mal nommée Aimée. A qui elle a menti. Qu’elle n’a pas, dans le désastre de sa vie, su protéger de sa belle-famille, ni même d’elle-même. Et une petite fille, Sabrina. Qu’elle ne connaît pas et à qui elle s’adresse avant de tirer sa révérence.

C’est un beau livre sur la soumission, les choix qu’on fait ou ne fait pas, les décisions qu’on s’interdit de prendre, les routes qu’on n’a pas prises. Un livre un peu triste sur le déroulement de la vie quand on laisse faire le cours du temps.

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