Patrizia a un avis sur tout

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Mort d’un magicien de William Bayer aux éd. Flammarion 27 octobre 2011

Filed under: Extraits choisis,Je lis — essaipat @ 08:21

Avec ce « polar », on plonge dans un San Francisco libertain, libertaire et passablement pervers, celui des petits tapineurs (et de quelques tapineuses). Avec un œil serein, l’écrivain nous décrit un monde pas si noir, pas si rose, mais qu’il n’enduit pas de cette morale collante et bienséante qu’usent ceux appartenant à la vague actuelle de prohibitionnistes  (sous prétexte que vendre son corps, c’est mal. Vendre celui des autres, en faire des esclaves, ça, c’est mal, la prostitution en soi quand elle est libre et décidée par soi-même… à voir).

Kay Farrow, photographe professionnelle qui ne voit pas les couleurs (elle souffre d’une achromatopsie récessive) s’est prise d’affection pour Tim, un tapineur blond et ravissant, éduqué et mystérieux, qu’elle a entrepris de photographier sous toutes les coutures dans le cadre d’un travail sur les prostitués. Un soir, Tim est retrouvé mort. Tatoué. Démembré. En fouillant ses affaires, Kay se rend compte que les zones d’ombres sont nombreuses et (le noir ne lui faisant pas peur) elle se lance dans une enquête que la police néglige (qui se soucie des putes dans ce monde?).

J’ouvre la boîte des portraits nus. Ça m’est vraiment difficile de les regarder. Aujourd’hui, je me demande pourquoi je n’ai jamais fait l’amour avec lui. Il se disait bisexuel, il m’a confié qu’il avait eu des petites amies et que, si une femme avait voulu le louer pour une heure, il n’aurait pas détesté, au contraire.
« Il y aurait sûrement des candidates, lui ai-je dit. Je n’arrête pas de voir des femmes mûres avec des minets.
– Des gigolos, tu veux dire. N’oublions pas que moi je suis une pute.
– Ah bon, tu trouves ça mieux?
– Je suis plus libre. »
Il paraissait sûr de son fait. « Tu comprends, a-t-il continué, personne ne te domine, tu vis la vie que tu veux, tu fais le tapin, tu vas à la rencontre des gens, mais tu ne fais ça pour personne, c’est ton affaire. »

Le quartier Castro, j’aime bien. On y croise toutes sortes de choses complètement exubérantes, des bodys, des tatouages, des jeans hypermoulants, des oreilles percées, des culturistes, des types couverts de cuir. On appelle ça le ghetto, mais c’est en fait une partie essentielle de la ville. on sent palpiter toute une jeunesse qui déborde d’énergie sexuelle. Les gens prudes ne supportent pas, justement à cause de ça. C’est l’énergie qui les agace, et la liberté qu’elle suppose. Moi, je crois qu’ils ne détestent pas les homosexuels à cause de leurs pratiques horizontales. Ce qu’ils ne supportent pas, c’est qu’ils s’amusent autant.

Ce roman raconte aussi ce que tout le monde des « petits » sait déjà, c’est qu’il y a une justice différente selon qu’on est riche et puissant ou pauvre et tapineur. C’est la rencontre entre deux mondes, un qui compte pour beurre et l’autre, bourgeois, fortuné, mais déviant, qui peut se permettre tous les excès, même les plus interdits sans être jamais inquiété.

Je file aussitôt au labo, je trouve les négatifs des clichés que j’ai pris de Crane devant sa maison, je tire toute la série en 24×30, je sèche, j’épingle au mur et je réfléchis en regardant ce visage. Est-ce la figure d’un tueur? Dans le dernier cliché, on peut se poser la question. mais est-ce la figure d’un tueur capable de tailler en pièces sa vitime dans le Wildcat Canyon, de peinturlurer le torse, de ramener la tête et les membres au centre-ville? Honnêtement, j’ai des des doutes. Crane est un type trop doux, sa voiture est trop bourgeoise pour ça. Ce n’est pas le genre à se salir les mains. Il est capable de se servir du corps d’autrui, il n’a pas d’états d’âme devant la chair fraîche, mais de là à prendre du plaisir à cette boucherie, je ne l’en crois pas capable. Et pourtant, je ne dois pas oublier qu’entre lui et moi, c’est la guerre.

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