Patrizia a un avis sur tout

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La condition de Jennifer Haigh aux éd. Michel Laffon 2 septembre 2011

Filed under: Extraits choisis,Je lis — essaipat @ 05:56

C’est l’histoire d’une famille qui se délite et dont la désagrégation s’accélère quand on s’aperçoit (tard) que chez la cadette, y a un truc qui ne fonctionne pas. Et qu’on le diagnostique. La protéger, pas la protéger? En parler aux autres, pas en parler? Tenter des traitements ou juger tout ça inutile? Que faire de son amour de parent quand cela ne suffit pas? C’est l’histoire d’une famille pas parfaite, juste humaine: papa (Frank), un scientifique qui veut tout tenter, tout tester; maman (Paulette), qui trouve que son mari fait  de leur fille un cobaye de laboratoire; Billy, l’aîné qui répond (apparemment) à toutes les exigences de l’Américain moyen parfait, mais si distant; Gwen dont la maladie a fait basculer la famille vers l’irrémédiable séparation et Scooty, le vilain petit canard, qui peine à trouver sa place, rue dans les brancards et mène une vie de bâton de chaise.

Le roman commence avec le diagnostic. Et pose la trame affective et familiale des McKotch dans leur maison de vacances à Cape Cod. Il se conclut une vingtaine d’années plus tard sur moult blessures, trahisons, mal-être, difficulté d’être soi-même au sein de sa famille.

Avec les filles, ce n’était jamais simple. Un peu plus tard, tout en conduisant avec une main en visière au-dessus des yeux pour se protéger du soleil, elle se rappela sa propre puberté. Malgré les années qui s’étaient écoulées, ce souvenir restait douloureux: les interminables mois d’attente, son échec si flagrant, visible de tous. Durant sa longue enfance ensoleillée, elle n’avait jamais envié personne. Mais la puberté l’avait emplie d’envie: elle avait jalousé de manière obsessionnelle les quelques filles qui, Dieu seul savait pourquoi, paraissaient changer du jour au lendemain. Elle les avait détestées aveuglément, indistinctement, y compris sa chère amie Marjorie Tuttle. A présent mère, c’était avec compassion qu’elle repensait à elles, consciente qu’elles aussi avaient eu leur part de problèmes – notamment l’attention des garçons plus âgés, parfois même des hommes, des adultes ridicules incapables de discerner une femme d’une enfant.

Homosexualité, adultère, syndrome de Turner (dont je n’avais jamais entendu parler avant), hyperactivité, ce livre parle de tous ces travers et traits de caractère qui bousculent la vie de famille fantasmée (ce rêve à l’américaine où les enfants sont toujours propres, sages et souriants, les parents amoureux et aimants, les problèmes pris un à un avec bienveillance et où on est tous hétéro, cela va de soi). Ici, ça saigne, ça cogne, ça rouspète: la vie, en somme! Rarement complètement exaltante, rarement passionnante de l’aube au coucher du soleil, faite de grandes déceptions (ce que l’on voulait être et ce que l’on est passé la quarantaine) et de nombreux petits plaisirs qui en font le sel.

« Quelle erreur ridicule de penser qu’on s’intéressait à lui. (…) Scott ne se préoccupait que de ses propres affaires – à croire qu’il dirigeait General Motors ou qu’il négociait la paix au Moyen-Orient. Mais être un raté exigeait de la concentration, comprit Billy. On ne pouvait pas foutre sa vie en l’air à ce point en se contentant de regarder les choses se produire. Il fallait y travailler.

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