Patrizia a un avis sur tout

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Grand-mère déballe tout d’Irene Dische aux Editions du Seuil 13 novembre 2010

Filed under: Coups de cœur,Extraits choisis,Je lis — essaipat @ 18:20

Les jeunes! Ne chérissez pas votre jeunesse, il vous reste un long et traître chemin à parcourir avant d’atteindre la partie vraiment exquise de la vie. Les premières décennies ne sont qu’une épuisante et incessante lutte pour seulement apprendre à embrayer en première. Chaque jour, vous êtes dévastés par vos propres désirs. Quand, enfin, vous vous calmez et acceptez votre lot, vous êtes au milieu du gué, la perspective du bonheur se rapproche, certes, mais vous devez patienter encore quelques années qui vous réservent les plus durs regrets, l’inassouvissement le plus lancinant. A l’âge mur, la bataille entre les sexes bat son plein: hommes et femmes s’effraient mutuellement. Ils voient chez leur conjoint le délabrement qu’ils préféreraient ne pas constater chez eux. Ce qui cause de furieux emportements, des accidents de voiture. Quand ils voient passer une femme vieillissante, les hommes d’âge mûr accélèrent le pas, cherchent à l’éviter, l’ignorent – tout pour exprimer leur rage. Mais le milieu de la vie, comme le purgatoire, est transitoire. Continuez à avancer vers votre but! Les magiques soixante-dix ans! La vie devient alors un trésor.

Ne croyez rien de ce qu’on vous raconte sur les os douloureux. S’il est vrai que le nombre de maux, par heure et par centimètre carré de corps, s’accroît continûment avec l’âge, la sensibilité à la douleur décline. On s’y habitue, ou l’on passe dessus. Si vous fourriez un jeune de vingt ans dans une carcasse de soixante-dix, il crierait au supplice. Bien des vieillards ne ressentent aucune souffrance, mais ils font semblant, par manière de courtoisie, pour entretenir la conversation avec ceux de leur âge. Leurs soupirs, leurs plaintes, affirment leur plaisante fraternité.

Après soixante-dix ans, la guerre entre les sexes se termine abruptement. Sérénité. Hommes et femmes commencent à se ressembler; ils n’ont plus de cheveux, ni les uns, ni les autres; les seins des hommes qui vivent assez longtemps ballottent alors que les femmes deviennent plates comme des crêpes. On est aussi proche du paradis qu’il est possible sur terre.

A la longue, hommes et femmes cessent de se demander l’impossible, les rapports deviennent plus tendres, la vie professionnelle ne fait plus obstacle. Il n’y a plus que le plaisir de l’autre. Et s’il n’y en a pas d’autres, alors, il y a le plaisir de soi, le plus vif: une bouchée d’un bon plat, un ciel sans nuages. Il faut attendre des décennies entières, jeunes gens, pour que ces choses terrestres vous apportent un Vrai Bonheur.

J’adore la littérature, surtout quand elle est si jubilatoire. Pas vous?

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